Circulation coincée

Le disque commence par une météo marine : les intonations de la présentatrice sont transcrites mélodiquement et doublées instrumentalement comme le faisait en son temps René Lussier. La suite tient du slam, de la voltige linguistique, de l’improvisation où les mots viennent en rafale, de la slamisation rythmique d’un manuscrit dont il manque une syllabe sur deux et où le grand vent force 10 sur l’échelle de Beaufort bouscule tous les phonèmes. Il y a d’évidentes parentés avec les jeux de mots d’André Minvielle, les constructions oulipiennes de Raymond Queneau, les discours du collège de Pataphysique, les montages surréalistes de Max Ernst, les jeux sonores de Rebotier ou Aperghis. Une mention spéciale pour le n° 5, qui a donné le titre de l’album. Ça ne ressemble à rien d’habituel pour le jeune public, c’est justement ce qu’on peut appeler une démarche créative à laquelle s’est associé le gotha musical de Chambéry. (Précision : le gotha désigne le relevé des noms de familles faisant partie de l’aristocratie, mais aussi l’avion de bombardement utilisé par les Allemands pendant la première guerre mondiale. Définition à choisir ou à cumuler pour ce CD. La météo finale fait entendre d’ailleurs un orage venu de loin annonçant une destruction ravageuse…).

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