Radio citius altius fortius

Chansons : Merlot, illustrations : Benjamin Gozlan

Aborder un disque de Merlot, c’est se dire d’emblée que rien ne sera comme d’habitude. Il faut donc se préparer à être inondé de sons inattendus, de musiques inopinées. Et aussi d’un flot de paroles qui semblent répondre à des configurations journalistiques, scientifiques, sportives, et en fait toujours un brin en décalage. A propos de Merlot, on pense à la célèbre invitation de Raymond Queneau extraite de Zazie dans le métro : « N’oubliez pas l’art tout de même. Y a pas que la rigolade, y a aussi l’art ». Le même auteur aurait peut-être dit à propos de Merlot, dans son style bien à lui : « Méoudonkivacherchétouça ? » Impossible de décrypter en quelques lignes l’art et la manière de ce chanteur-auteur-compositeur-espiègle-arrangeur et commentateur de la planète « performance physique ». Comme dans une émission de radio, il y a de vrais interviews de sportifs avec les réponses ébahies et niaises de ceux qui sont prêts à s’extasier de tout, de vrais jeux radiophoniques autour de la baballe dont il faut reconnaître au son s’il s’agit de basket-baballe ou de baballon-prisonnier. L’art de Merlot, c’est que l’on n’est pas uniquement dans la cocasserie. Au détour d’une chronique aux sons des reportages sportifs des années 50, Radio-Merlot évoque les exploits sportifs de ceux qui n’ont qu’un bras, pas de jambes, pas de mains, ou sont aveugles, précédant une chanson pleine d’une vraie tendresse sans mièvrerie : « on est tous faits de papier, fragiles comme des allumettes, on peut, on peut, sans les mains, sans les pieds ».

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